Viager, vente à terme ou vente classique : quelles différences ?

Publié le Mis à jour le Lecture 8 minRédaction Le Guide du Viager
En bref

Dans une vente classique, le prix est payé en une fois à l’acte. Dans une vente à terme, il est fixé d’avance et échelonné sur une durée convenue. Dans un viager, une partie du prix prend la forme d’une rente versée jusqu’au décès du vendeur, si bien que le montant total payé reste inconnu au départ.

Un propriétaire qui souhaite tirer parti de son logement sans forcément tout encaisser en une fois dispose, en Belgique, de trois grandes formules : la vente ordinaire au comptant, la vente à terme et la vente en viager. Les trois transfèrent la propriété du bien à l’acheteur, et toutes passent par un notaire. Ce qui les sépare tient à la manière dont le prix est payé, à la durée de ce paiement et à la part de hasard que chaque partie accepte de supporter.

Trois façons de payer un même bien

La vente classique

L’acheteur paie l’intégralité du prix lors de la signature de l’acte authentique, le plus souvent grâce à ses fonds propres et à un crédit hypothécaire. Le vendeur dispose immédiatement du capital ; il ne conserve aucun lien financier avec l’acheteur. Le compromis de vente, qui engage déjà les deux parties, précède l’acte de quelques mois.

La vente à terme

Le prix est fixé une fois pour toutes, mais l’acheteur le règle en plusieurs fois : un acompte à l’acte, puis des échéances (mensuelles, trimestrielles…) pendant une durée déterminée, par exemple dix ou quinze ans. Le montant total est connu dès la signature. Les parties peuvent prévoir ou non des intérêts sur le solde restant dû, ainsi qu’une indexation des échéances. L’expression viager à terme, parfois rencontrée dans les annonces, recouvre ce type d’opération sans aléa : la fiche du glossaire en précise le sens.

Le viager

Le prix se compose en général d’un capital payé à l’acte, le bouquet, et d’une rente viagère versée périodiquement jusqu’au décès du vendeur (ou du dernier survivant, pour une rente sur deux têtes). Personne ne sait combien de temps la rente sera due : c’est l’aléa, qui fait du viager un contrat aléatoire au sens des articles 1964 et 1968 et suivants de l’ancien Code civil.

Viager et vente à terme : la différence de duréeEn viager, les rentes sont dues jusqu'au décès du vendeur, sans durée connue. En vente à terme, les mensualités s'arrêtent à une date fixée dans l'acte.DURÉE DES PAIEMENTSViagerjusqu'au décès : durée inconnueVente à termeterme fixé dans l'actebouquet
Schéma 01Durée incertaine en viager, durée fixe en vente à terme.

L’aléa, ligne de partage entre viager et vente à terme

La vente à terme et le viager se ressemblent en apparence : dans les deux cas, l’acheteur paie dans la durée et le vendeur perçoit des revenus réguliers. La différence est pourtant fondamentale.

  • En vente à terme, la durée est certaine. Si le vendeur décède avant la dernière échéance, ses héritiers perçoivent le solde. Si l’acheteur décède, ses héritiers restent tenus de payer ce qui reste dû.
  • En viager, la durée est incertaine. Le décès du vendeur met fin à la rente, quel que soit le nombre de versements déjà effectués. Ce que l’acheteur paiera au total dépend de la longévité du vendeur, pas de la sienne : le décès de l’acheteur ne libère pas ses héritiers, qui reprennent l’obligation de payer la rente.

Cette incertitude a un prix. Elle doit être réelle pour que le contrat soit valable : une rente dérisoire, ou un vendeur dont le décès était prévisible à brève échéance, exposent le viager à une annulation ou à une requalification. L’article 1975 de l’ancien Code civil prévoit d’ailleurs que la rente constituée sur la tête d’une personne atteinte d’une maladie dont elle meurt dans les vingt jours du contrat est sans effet. La vente à terme, elle, ne connaît pas ce mécanisme, puisqu’elle ne repose sur aucun aléa. L’article consacré à la durée d’un viager revient sur la notion d’aléa.

Tableau comparatif

CritèreVente classiqueVente à termeViager
Paiement du prixEn une fois à l’acteAcompte puis échéances sur une durée fixeBouquet (facultatif) puis rente jusqu’au décès du vendeur
Montant total payéConnuConnuInconnu au départ
Durée des paiementsAucuneDéterminée dans l’acteLiée à la vie du vendeur
Décès du vendeur en cours de contratSans objetLe solde revient à ses héritiersLa rente s’éteint
Décès de l’acheteurSans objetSes héritiers paient le soldeSes héritiers continuent à payer la rente
Occupation par le vendeurNon, sauf accord particulierPossible si l’acte le prévoitFréquente (viager occupé) ou non (viager libre)
Besoin de financement de l’acheteurÉlevé, souvent un créditÉtalé dans le tempsÉtalé, montant final incertain
Contrat aléatoireNonNonOui

Occupation du bien : libre ou occupé dans les deux cas

Viager et vente à terme peuvent être conclus « libres » ou « occupés ».

En viager occupé, le vendeur se réserve un usufruit ou un droit d’usage et d’habitation, le plus souvent jusqu’à son décès. Le prix tient compte de cette occupation par une décote d’occupation. En viager libre, l’acheteur dispose du bien dès l’acte, pour l’habiter ou le louer. Les nuances entre les deux formules sont développées dans l’article viager occupé ou viager libre.

En vente à terme occupée, le vendeur conserve l’usage du bien. L’acte doit préciser la durée de ce droit : il peut s’arrêter avec la dernière échéance, durer un nombre d’années convenu ou se prolonger jusqu’au décès du vendeur. Dans ce dernier cas, le contrat combine un paiement à durée fixe et une occupation à durée incertaine, ce qui réintroduit une part d’aléa dans l’évaluation du droit d’occupation. En vente à terme libre, l’acheteur entre dans les lieux tout de suite, comme dans une vente classique, mais paie de façon échelonnée.

Ce que chaque formule apporte au vendeur

  • Vente classique : un capital immédiat et disponible, à réinvestir, à donner ou à consommer librement. En contrepartie, le vendeur doit se reloger s’il occupait le bien.
  • Vente à terme : des revenus programmés sur une période connue, un total garanti qui fait partie de la succession s’il n’est pas entièrement perçu, et une relation avec l’acheteur limitée dans le temps.
  • Viager : un complément de revenu qui dure toute la vie, quelle que soit sa longueur, et, en viager occupé, la possibilité de rester chez soi. Le vendeur accepte en échange que le total perçu soit faible s’il décède tôt.

Ce que chaque formule implique pour l’acheteur

  • Vente classique : il faut réunir le prix complet, en général par un emprunt bancaire, mais l’acheteur sait exactement ce que l’acquisition lui coûte.
  • Vente à terme : le financement est étalé et l’acheteur connaît la date de la dernière échéance ; il reste tenu de la payer même si le vendeur décède.
  • Viager : l’acheteur supporte l’incertitude sur la durée de la rente ; en viager occupé, il attend la libération du bien. Le coût final peut être inférieur ou supérieur à la valeur du bien.

Garanties et formalités : un socle commun

Dans les trois cas, la vente d’un immeuble est constatée par un acte notarié transcrit au bureau compétent, ce qui la rend opposable aux tiers. Les droits d’enregistrement sont dus selon les règles de la Région où se situe le bien ; en viager, leur base inclut le bouquet et la valeur capitalisée de la rente, sans pouvoir être inférieure à la valeur vénale. Le notaire calcule le montant applicable.

Lorsque le prix n’est pas payé comptant, le vendeur a intérêt à se protéger. Le privilège du vendeur, une inscription hypothécaire ou une clause résolutoire expresse servent cette fin, en vente à terme comme en viager. Pour le viager, la clause résolutoire est indispensable : l’article 1978 de l’ancien Code civil prévoit que le seul défaut de paiement des arrérages ne permet pas au crédirentier de récupérer le bien si l’acte ne le prévoit pas expressément.

Choisir selon ses priorités

Aucune formule n’est supérieure dans l’absolu. Quelques repères aident à trier les situations :

  1. Le vendeur a besoin d’un capital important et immédiat, ou veut se dégager de toute relation avec l’acheteur : la vente classique est la plus simple.
  2. Le vendeur veut des revenus réguliers mais tient à un montant total garanti, transmissible à ses héritiers : la vente à terme répond à cet objectif.
  3. Le vendeur cherche un revenu pour la vie entière et souhaite, le cas échéant, rester chez lui : le viager est conçu pour cela, à condition d’accepter l’aléa.

Côté acheteur, la question est symétrique : préférer la certitude d’un coût connu (vente classique ou à terme) ou accepter une incertitude en échange d’un financement étalé et, en viager occupé, d’une décote. Le mode de calcul du prix viager est expliqué dans l’article comment se forme le prix d’un viager, et le principe du viager dans l’article pilier du dossier Comprendre le viager.

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Questions fréquentes

Une vente à terme peut-elle être transformée en viager en cours de route ?

Pas unilatéralement. Le contrat signé lie les deux parties ; le modifier suppose leur accord et, s’agissant d’un immeuble, un nouvel acte notarié. Les conséquences fiscales d’une telle modification doivent être examinées avec le notaire avant de s’engager.

Le vendeur à terme peut-il exiger le solde en une fois ?

En principe non : il a accepté un paiement échelonné. L’acte peut toutefois prévoir que le solde devient immédiatement exigible en cas de défaut de paiement ou de revente du bien par l’acheteur. Ces clauses sont à négocier lors de la rédaction.

Les héritiers de l’acheteur peuvent-ils refuser de payer la rente ou les échéances ?

Les dettes du défunt passent à ses héritiers qui acceptent la succession. S’ils y renoncent, ils ne reçoivent pas non plus le bien. Le vendeur conserve alors ses garanties sur l’immeuble, comme le privilège ou la clause résolutoire, selon ce que prévoit l’acte.

Peut-on combiner un bouquet élevé et une rente faible en viager ?

Oui, la répartition entre bouquet et rente est libre. Plus le bouquet est important, plus la rente diminue, à valeur égale. La rente doit cependant rester suffisante pour que l’aléa conserve un sens économique.

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