Viager sans bouquet : fonctionnement, intérêts et risques

Publié le Mis à jour le Lecture 7 minRédaction Le Guide du Viager
En bref

Un viager sans bouquet est une vente où l’acheteur ne verse aucun capital à l’acte : la totalité de la valeur, occupée ou libre, est convertie en rente viagère. La rente est donc plus élevée, mais le vendeur dépend entièrement de la solvabilité de l’acheteur, ce qui rend les garanties de l’acte essentielles.

Dans la plupart des ventes en viager, l’acheteur paie une partie du prix comptant le jour de l’acte, le bouquet, et le reste sous forme de rente viagère. Rien n’oblige pourtant à prévoir un bouquet. Lorsqu’il est absent, on parle de viager sans bouquet : toute la valeur du bien est convertie en rente. Cette formule n’est ni meilleure ni moins bonne en soi ; elle déplace l’équilibre du contrat, et donc les risques, d’une manière qu’il faut comprendre avant de s’engager.

Ce que signifie l’absence de bouquet

Le bouquet n’est pas une exigence légale. Les articles 1968 et suivants de l’ancien Code civil, qui régissent la rente viagère, laissent les parties libres de fixer la contrepartie. Un viager peut donc reposer exclusivement sur une rente, que le vendeur reste dans les lieux (viager occupé) ou non (viager libre).

Le prix n’en est pas réduit pour autant. La valeur à payer reste la même : la valeur vénale du bien, diminuée le cas échéant de la décote d’occupation. Seule change la manière de la payer.

Relation entre bouquet et renteÀ valeur occupée constante, augmenter le bouquet diminue le capital restant à convertir en rente, donc le montant de la rente.BOUQUET ET RENTE : DEUX VASES COMMUNICANTSBouquet faiblerenteBouquet moyenrenteBouquet élevérenteÀ valeur occupée égale, plus le bouquet est élevé, plus la rente est faible.
Schéma 01Bouquet et rente se partagent la même valeur.

L’effet sur le montant de la rente

Bouquet et rente fonctionnent comme des vases communicants : moins de capital à l’acte, plus de rente ensuite. Sans bouquet, l’intégralité de la valeur occupée (ou de la valeur vénale en viager libre) est convertie en rente au moyen d’une table de mortalité et d’un taux technique, selon la méthode décrite dans l’article sur le calcul de la rente viagère.

On retrouve ici les mêmes chiffres que dans l’exemple de l’article sur la formation du prix d’un viager, ce qui permet de comparer les deux configurations.

Pour le vendeur : un revenu plus élevé, un risque concentré

Ce que le vendeur y gagne

  • Une rente plus élevée, dès le premier mois, qui peut compléter de manière significative une pension.
  • Un revenu régulier plutôt qu’un capital, ce qui convient à une personne qui cherche avant tout à couvrir des dépenses courantes, à domicile ou en maison de repos.
  • Un cercle d’acheteurs potentiellement plus large, puisque l’opération ne suppose pas de disposer d’un capital important.

Ce que le vendeur y perd

  • Aucune somme acquise d’emblée. Avec un bouquet, une partie du prix est encaissée quoi qu’il arrive. Sans bouquet, tout dépend de la régularité des paiements futurs.
  • Une exposition accrue à l’insolvabilité de l’acheteur. Si le débirentier cesse de payer, le vendeur n’a plus aucun revenu de la vente.
  • Un décès précoce pèse davantage. En cas de décès peu après la signature, le vendeur et ses héritiers n’auront perçu que quelques mensualités, sans capital pour compenser.

Pour l’acheteur : un accès facilité, une charge plus lourde

Ce que l’acheteur y gagne

  • Pas de capital à mobiliser pour le prix. L’achat devient possible sans épargne importante ni crédit hypothécaire pour le bouquet.
  • Un décaissement étalé dans le temps, qui peut correspondre à des revenus réguliers (salaire, loyers d’un autre bien).

Ce que l’acheteur y perd

  • Une rente mensuelle plus lourde, indexée le plus souvent, qu’il faudra assumer pendant une durée inconnue.
  • Une sensibilité accrue à la longévité du vendeur. Plus la part de rente est grande, plus le coût total dépend de la durée de vie du crédirentier.
  • Des frais d’acquisition qui restent dus. Les droits d’enregistrement et les frais de notaire sont calculés notamment sur la valeur capitalisée des rentes et doivent être payés au moment de l’acte. L’absence de bouquet ne dispense donc pas de disposer d’une trésorerie. Leur logique est présentée dans l’article sur les frais d’une vente en viager.

L’aléa et l’équilibre du contrat

Le viager est un contrat aléatoire : chacune des parties peut gagner ou perdre selon la durée de vie du vendeur. L’absence de bouquet accentue cet aléa au lieu de le réduire, puisque la totalité de la contrepartie dépend de la survie du crédirentier. Elle ne pose donc pas, en soi, de difficulté juridique.

Ce qui peut en poser, c’est une rente sous-évaluée. Une rente qui ne correspond pas à la valeur du bien, ou qui est inférieure aux revenus que ce bien procure (en viager libre loué, par exemple), peut faire douter de l’existence d’une véritable contrepartie. Le contrat est alors exposé à une annulation ou à une requalification en donation déguisée. Le risque est particulièrement surveillé lorsque l’acheteur est un proche du vendeur.

Les clauses à soigner dans l’acte

Parce que le vendeur ne reçoit rien d’acquis à la signature, la rédaction de l’acte compte davantage que dans un viager avec bouquet. Plusieurs points méritent d’être examinés avec le notaire :

  • la clause résolutoire expresse, qui précise après combien d’échéances impayées et selon quelle procédure (mise en demeure, délai) la vente peut être résolue ;
  • le sort des rentes déjà versées en cas de résolution : l’acte peut prévoir qu’elles restent acquises au vendeur, à titre d’indemnité, dans des limites que le juge peut contrôler ;
  • les garanties de paiement : privilège du vendeur, inscription hypothécaire, éventuellement caution ou garantie bancaire ;
  • l’indexation, qui pèse plus lourd lorsque toute la contrepartie est en rente ;
  • le décès ou l’insolvabilité de l’acheteur : la dette de rente passe à ses héritiers, qui peuvent toutefois refuser la succession, d’où l’intérêt de garanties attachées au bien lui-même.

Quand la formule peut convenir, et quand elle convient moins

SituationViager sans bouquet
Le vendeur cherche surtout un revenu mensuelFormule adaptée, sous réserve de solides garanties
Le vendeur a besoin d’un capital (travaux, aide à un enfant, frais d’hébergement)Formule peu adaptée
L’acheteur dispose de revenus stables mais de peu d’épargneFormule envisageable, si la rente reste supportable à long terme
L’acheteur est un proche du vendeurVigilance accrue sur le montant de la rente et l’aléa
L’acheteur offre peu de garanties de solvabilitéRisque élevé pour le vendeur

Entre les deux extrêmes, de nombreux contrats prévoient un bouquet modeste : il laisse au vendeur une somme acquise et engage l’acheteur dès la signature, sans réduire beaucoup la rente. Les autres risques du viager, pour chaque partie, sont détaillés dans l’article sur les risques du viager et les moyens de les limiter, et les clauses protectrices dans celui consacré à la sécurisation juridique d’une vente en viager.

Résumé en images, 45 secondesPage de la vidéo

Questions fréquentes

Un viager sans bouquet est-il légal en Belgique ?

Oui. Aucune disposition n’impose de bouquet : le contrat de rente viagère peut prévoir une contrepartie constituée uniquement de rentes. Comme toute vente immobilière, il doit être constaté par acte authentique devant notaire pour être transcrit et opposable aux tiers.

Le vendeur paie-t-il des impôts sur une rente plus élevée ?

En règle générale, la rente perçue en contrepartie de la vente d’un bien immobilier privé n’est pas imposable à l’impôt des personnes physiques, quel que soit son montant. Des exceptions existent (bien professionnel, opération spéculative ou requalifiée). La situation personnelle est à confirmer auprès d’un conseiller fiscal ou du SPF Finances.

Peut-on ajouter un bouquet plus tard ?

Une fois l’acte signé, la structure du prix est fixée. Les parties peuvent convenir ensuite qu’une partie de la rente soit rachetée par le versement d’un capital, mais l’acheteur ne peut pas l’imposer : un tel accord suppose le consentement du vendeur et se règle en principe devant notaire.

Un viager sans bouquet est-il plus fréquent en viager libre ou occupé ?

Il n’existe pas de statistique publique fiable sur la répartition des viagers en Belgique. Sur le plan du principe, la formule est possible dans les deux cas ; en viager libre, la rente porte sur la valeur vénale entière et sera donc, à âge égal, plus élevée qu’en viager occupé.

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