Le viager à Bruxelles : spécificités régionales et points d'attention

Publié le Mis à jour le Lecture 6 minRédaction Le Guide du Viager
En bref

Le contrat de viager obéit aux mêmes règles civiles partout en Belgique, mais une acquisition à Bruxelles est soumise à la fiscalité et aux réglementations de la Région de Bruxelles-Capitale : droits d’enregistrement, précompte immobilier, urbanisme, performance énergétique et bail. Le parc bruxellois comptant de nombreux appartements, les règles de la copropriété pèsent souvent sur l’opération. Ces paramètres s’analysent dossier par dossier, avec le notaire.

Il n’existe pas de « viager bruxellois » au sens juridique : la rente viagère est régie par les mêmes articles 1968 et suivants de l’ancien Code civil à Bruxelles, en Wallonie et en Flandre. Ce qui distingue une opération à Bruxelles, ce sont les compétences exercées par la Région de Bruxelles-Capitale et par ses dix-neuf communes, ainsi que les caractéristiques du bâti. Cet article recense ces spécificités, sans avancer de prix ni de rendement : ceux-ci varient fortement d’un bien à l’autre et aucune moyenne ne remplace une estimation individuelle.

Un droit civil fédéral, des règles régionales

La Belgique répartit les compétences entre niveaux de pouvoir. Pour un viager situé à Bruxelles :

MatièreNiveau compétentEffet sur le viager
Contrat de rente viagère, droits réels, copropriétéFédéral (Code civil)Identique dans tout le pays
Droits d’enregistrementRégion de Bruxelles-CapitaleTaux, abattement et conditions propres à Bruxelles
Précompte immobilierRégion et communesMontant variable selon la commune
Urbanisme, performance énergétique (PEB), solRégion et communesDocuments à fournir lors de la vente
Bail d’habitationRégionRègles applicables si le bien est loué (viager libre)

Les droits d’enregistrement en Région bruxelloise

Les droits d’enregistrement dus par l’acheteur relèvent de la Région. Leur base comprend en principe le bouquet, la valeur capitalisée des rentes et les charges imposées à l’acheteur, sans pouvoir être inférieure à la valeur vénale du bien vendu.

La Région de Bruxelles-Capitale prévoit un abattement pour l’acquisition d’une habitation destinée à devenir la résidence principale de l’acheteur, sous plusieurs conditions (notamment l’établissement de la résidence principale dans un délai donné et l’absence d’autre logement). En viager occupé, l’acheteur ne peut pas s’installer dans le bien tant que le vendeur l’occupe : ces conditions sont donc, en règle générale, difficiles à remplir. En viager libre, la question peut se poser différemment.

Les taux, plafonds et conditions ont été modifiés à plusieurs reprises ces dernières années. Le notaire calcule les droits applicables au dossier ; les informations officielles sont disponibles auprès de l’administration fiscale régionale et sur notaire.be.

Le précompte immobilier et la fiscalité locale

Le précompte immobilier est calculé sur le revenu cadastral indexé. À Bruxelles, il est perçu par l’administration fiscale régionale et comprend une part régionale ainsi que des centimes additionnels fixés par chaque commune : à revenu cadastral égal, le montant peut donc différer d’une commune à l’autre.

En viager occupé, l’acte fixe qui supporte le précompte, souvent l’occupant. Certaines réductions sont liées à la situation personnelle de l’occupant ou au fait qu’il occupe le bien ; leur maintien après la vente est à vérifier. Les communes peuvent aussi lever des taxes locales (par exemple sur les immeubles inoccupés) qui concernent surtout l’acheteur une fois le bien libéré.

La copropriété au premier plan

Le bâti bruxellois comporte de nombreux immeubles à appartements, et beaucoup de viagers y portent sur un lot de copropriété. Les points à examiner sont ceux de toute copropriété, mais leur poids financier peut être déterminant :

  • les procès-verbaux d’assemblée générale et les travaux votés ou envisagés (toiture, façade, ascenseur, chauffage collectif) ;
  • le niveau du fonds de réserve et l’existence d’arriérés de charges dans l’immeuble ;
  • la répartition, dans l’acte, des charges de copropriété et des grosses réparations entre vendeur occupant et acheteur ;
  • la désignation du mandataire qui représente le lot démembré à l’assemblée générale.

Ces questions sont développées dans l’article consacré à la vente d’un appartement en viager en copropriété.

Les documents propres à une vente à Bruxelles

Une vente immobilière à Bruxelles s’accompagne de documents dont certains relèvent de la réglementation régionale. Le notaire les réunit ou en vérifie l’existence :

  • le certificat PEB, qui doit être disponible dès la mise en vente ;
  • les renseignements urbanistiques, demandés à la commune, qui indiquent notamment les permis délivrés et la situation planologique du bien ;
  • une attestation du sol délivrée par Bruxelles Environnement, selon la situation de la parcelle ;
  • le contrôle de l’installation électrique, exigé pour la vente d’une habitation selon la réglementation fédérale ;
  • pour un appartement, les informations du syndic prévues par le Code civil.

La conformité urbanistique mérite une attention particulière : un immeuble divisé en plusieurs logements, des aménagements ou un changement d’affectation réalisés sans permis peuvent créer une situation irrégulière dont l’acheteur hérite. En viager occupé, cette question se découvre parfois tardivement, au moment de la libération du bien ; mieux vaut la poser avant la signature.

Viager libre et location : les règles bruxelloises

En viager libre, l’acheteur peut louer le bien. Le bail d’habitation relève à Bruxelles du Code bruxellois du logement, qui fixe notamment des règles sur la durée des baux, l’état du logement, la garantie locative et l’indexation des loyers. Ces règles ont évolué ces dernières années, et une grille indicative des loyers est publiée par la Région. Les exigences de performance énergétique peuvent aussi influencer les conditions de location.

En viager occupé, la question ne se pose qu’à la libération du bien. Si le vendeur conserve un usufruit, il peut en principe louer le logement lui-même ; s’il ne conserve qu’un droit d’usage et d’habitation, ce droit est en règle générale personnel et ne permet pas la location.

Analyser un viager bruxellois sans s’appuyer sur des moyennes

Les écarts de valeur entre communes, quartiers et même rues voisines sont importants à Bruxelles. Une moyenne régionale ou communale ne permet pas d’apprécier un bien déterminé. Quelques principes d’analyse s’appliquent néanmoins :

  1. Partir d’une estimation individuelle de la valeur vénale, réalisée par un expert indépendant ou par le notaire, plutôt que d’un prix au mètre carré générique.
  2. Intégrer les coûts liés au bâti : performance énergétique, état des parties communes, conformité urbanistique. La Région a engagé une politique de rénovation énergétique du bâti dont les exigences futures sont à suivre.
  3. Tester plusieurs durées de versement de la rente, y compris longues, en intégrant l’indexation et les charges.
  4. Tenir compte de l’accessibilité du logement pour le vendeur (étages, ascenseur), qui peut influer sur la durée d’occupation et sur l’utilité d’une clause de libération anticipée.
  5. Faire calculer les frais par le notaire : droits d’enregistrement régionaux, honoraires et frais d’acte, détaillés dans les frais d’une vente en viager.

Les risques génériques de l’acquéreur (longévité du vendeur, capacité de paiement, liquidité du bien, défaut de paiement) s’appliquent pleinement à Bruxelles ; ils sont décrits dans acheter en viager : intérêt et risques. La fiscalité du vendeur, identique dans tout le pays pour l’impôt des personnes physiques, est traitée dans la fiscalité du viager.

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Questions fréquentes

Les droits d’enregistrement sont-ils plus élevés pour un viager que pour une vente classique à Bruxelles ?

Le taux applicable est en principe le même que pour une vente ordinaire ; c’est la base imposable qui se calcule différemment, à partir du bouquet, de la valeur des rentes et des charges, sans descendre sous la valeur vénale. Le résultat dépend donc du dossier, et l’accès à l’abattement peut changer sensiblement le montant.

Un vendeur domicilié à Bruxelles peut-il vendre en viager un bien situé en Wallonie ?

Oui. Ce qui compte pour les droits d’enregistrement est la situation du bien, non le domicile des parties. Un bien situé en Wallonie relève de la fiscalité wallonne, même si le vendeur ou l’acheteur habite Bruxelles.

Faut-il un permis pour diviser un logement acheté en viager une fois libéré ?

À Bruxelles, la création de logements supplémentaires dans un immeuble requiert en règle générale un permis d’urbanisme. Le nouveau plein propriétaire doit donc vérifier, auprès de la commune, si son projet est autorisable avant d’en tenir compte dans son analyse.

Le précompte immobilier change-t-il après une vente en viager ?

Le revenu cadastral du bien ne change pas du seul fait de la vente. En revanche, certaines réductions liées à la situation de l’occupant ou du propriétaire peuvent être affectées, et la répartition entre les parties dépend de l’acte. Il est utile d’en parler avec le notaire avant la signature.

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